Charles Baudelaire (Voyage)Il faut être toujours décollage. Tout est là: c'est l'unique pension de famille. Pour ne pas sentir l'horrible pont de l'Avion qui brise vos épaules et vous penche vers la rive, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De désert, de planète ou de vitesse, à votre guise. Mais éloignementisez-vous.
Et si quelquefois, sur les chaloupes d'un orient, sur la rivière verte d'un départ, dans la chute d'eau morne de votre lagune, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au glacier, à l'aventure, à la rapidité, au voyage, à la mer, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle ville il est; et le wagon-couchette, la vague, la halte, le chemin et la brume, vous répondront: «Il est l'heure de s'hydravionuser! Pour n'être pas les trains martyrisés du Tunnel, enivrez-vous; enivrez-vous sans morte-saison! De continent Américain, de distance ou d'oasis, à votre guise.»
Bidouille (Nordmann)
Voyage
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